Chapitre 12 : Une horde de chevaliers à ma fenêtre

Voilà quelques mois que nous sommes conscients de la disparition imminente de notre maison. Il est à la fois difficile de se détacher de notre sanctuaire de vie depuis des années. Mais il est plutôt réconfortant d’imaginer un renouveau dans nos vies tourmentées.

Car cette maison est particulière. Je n’en ai jamais connu d’autre qui soit si étrange, et caractéristique. Voilà 34 ans que mes parents ont acheté cette maison. Jeune couple s’installant, des rêves plein la tête. Ils ont passé des années durant à faire, parfaire et refaire chaque élément de cette maison. Pleine de vie, elle a accueilli les plus grands emblèmes de la famille. Deux grand-pères merveilleux, mais également des oncles, des tantes, des ami(e)s … Bref, cette maison a su faire graviter autour d’elle, tant de personnes animées par le plaisir d’offrir à ce jeune couple, un départ confortable dans la vie.
Les années sont passées, ce jeune couple a eu un premier bébé. Puis un deuxième, moi.

Nous avons vécu de bons moments dans cette maison chaleureuse et pleine de charme. Mais je vous mentirais, si je vous disais qu’il m’a fallu attendre des années avant que tout cela ne dérape.

J’avais effectivement 7 ans lorsque ma première attaque nocturne a eu lieu. Mais dès mes premières années, des pas se faisaient entendre à côté de mon lit, le soir. Des rêves effrayants, modifiant ma conscience immédiate, venaient me réveiller dans mon lit à barreaux. La peur au ventre dès mon plus jeune âge, rien n’y faisait. Pas même une lumière allumée chaque nuit dans la cage d’escalier. Drôle de terme pour définir le coeur de cette maison, la « cage » d’escalier. C’est ainsi que je me sentais vivre dans cette maison. Telle une dépendante affective, maltraitée par mon lieu d’habitation. Cette maison était à la fois mon refuge, et ma plus grande terreur.

Pas un jour de répit ne m’était accordé. Chaque matin je me levais, faisant face aux mêmes entités, postées aux mêmes endroits, avec ces mêmes énergies troublantes, parfois terrifiantes.
Je ne vivais pas un seul jour sans que le lever ne se fasse avec la boule au ventre, la peur dans la gorge, les yeux en alertes, les jambes tremblantes.

Mais je crois que notre capacité d’adaptation, de résilience, est infinie. Notre force intérieure est si puissante, qu’elle fait fi de la peur et de l’angoisse. La force agit, elle ne laisse pas le temps de réflexion. Elle s’accorde à notre instinct de survie, et prend le contrôle du corps. C’est ainsi que j’ai vécu durant des années, en état d’alerte constant.

Mais il y a malgré tout des évènements, qui vous marquent à jamais. Nous remontons à mon année de seconde, mon arrivée au lycée. Difficile année où tout votre environnement est bouleversé, de nouveau. Vous espérez que cette fois-ci sera la bonne.
J’espérais que cette année donnerait le change, qu’enfin je trouverais des amis à qui parler de tout cela. Un moyen de m’exprimer. J’espérais trouver un nouveau souffle.

Mais il me faudra attendre encore un petit peu pour cela.

Cette année passe. Avec son lot de frayeurs.
Durant les vacances d’été, mettant un terme à cette année de seconde. J’ai vécu l’un des plus étranges phénomènes, qui m’ait été donné de vivre.

Nous sommes en juillet. Les journées sont longues, les soirées chaudes. L’angoisse du coucher, me provoque des sueurs incontrôlables. Bien difficiles à gérer en été. La peur au ventre, il m’est impossible de m’endormir autrement, qu’avec la couverture au dessus de ma tête. Si je ne suis pas cachée, la trouille me provoque des insomnies.

Ce soir là, je ne parviens pas à m’endormir. Avec du recul, je prends conscience que mon corps sentait déjà ce qui allait arriver.
Je décide donc de prendre le téléphone fixe, et de téléphoner à mon meilleur ami, en vacances en Martinique. Puisque je sais qu’il est éveillé, et qu’il saura me réconforter.

Mais alors que nous nous téléphonons, de premiers éclairs irradient le ciel. D’abord frêles, ils deviennent rapidement forts et incandescents.
Le tonnerre s’invite à la partie, et alors que je suis toujours au téléphone avec mon ami … Je sens que quelque chose d’étrange s’installe sous mon regard.

Les orages ont toujours été particuliers à mes yeux. Ils donnent au ciel cette puissance, tout en le parant d’une robe mystérieuse.
Autrefois effrayée par ce mouvement énergétique, brusque. J’ai vite saisi que ces instants sont libérateurs, et éveillent en moi une pleine puissance.

Mais à ce moment précis, je ne suis pas en confiance. Je sens petit à petit, des dizaines d’entités apparaissant sous ma fenêtre. D’abord au pied de ma maison. Lorsque de nouvelles apparaissent rapidement, tout au long de notre jardin. Puis d’autres prennent place au niveau des jardins adjacents. De nouvelles envahissent la rue parallèle à l’ensemble des jardins, à une distance de 50 mètres environ.

Ce sont des centaines et des centaines d’entités que je vois, là, postées à ma fenêtre. Si nombreuses qu’elles envahissent la rue. Et en y regardant de plus près, je constate que …. Ce sont des chevaliers ! Ils sont presque tous postés sur des chevaux, drapeaux en main pour certains.
Toujours au téléphone, je suis pétrifiée. L’orage gronde de toute sa voix. L’ambiance se modifie toujours, petit à petit. Je sens l’angoisse monter. Les larmes aux yeux, je ne sais plus quoi faire.

Le seul moyen pour trouver le sommeil, est d’attendre que le soleil ne soit pas loin de se lever. Je reste donc au téléphone avec mon ami, jusqu’à environ 4h du matin. Épuisée, je décide malgré tout de raccrocher le téléphone, et d’aller me coucher.

D’abord effrayée à l’idée que ces entités puissent envahir ma maison, je remarque qu’il n’en est rien. Elles restent toutes dehors, postées  à ma fenêtre. Comme une reine surplombant son armée, je suis malgré tout, très intimidée. Je ferme malgré tout les yeux, pour parfaire cette vision incroyable. Plusieurs centaines d’individus, droits comme des « i », face à ma fenêtre. Chacun ayant débarqué, grâce à la puissance d’un orage.

Cette scène incroyable existe, là, sous mes yeux ébahis. Et même si ces mes yeux physiques ne parviennent pas à m’offrir ce spectacle. Ce dernier n’en est pas moins impressionnant.
La peur est à la hauteur du phénomène. Je me sens prise au piège, ne sachant si je dois craindre le moindre mal, de la part de toutes ces entités.

Je m’endors malgré tout, par la force de l’épuisement. Et me réveille quelques heures plus tard, un peu sonnée. Je prends doucement conscience d’où je suis, de la date de ce jour, et … De ce qui m’est arrivé hier ! Lorsque je constate que la horde de chevaliers est toujours présente.

Deux jours passent, les centaines d’entités ne partent pas. Mais celles-ci ne me sollicitent pas non plus. Je décide alors d’appeler la médium qui m’aide depuis quelques mois maintenant, ma très chère Martine :
« Bonjour, comment allez-vous ? Je vous appelle car j’ai un gros soucis … »

Je lui raconte l’histoire de l’arrivée de cette horde de chevaliers, et lui fais part de mes ressentis.
Lorsqu’elle me demande :
« Je vais avoir besoin du nom de ta rue, pour pouvoir me connecter au lieu ! »

Je lui dis alors : « Aucun problème, je vie dans la rue de la Chevalerie. ».

Un instant de silence s’impose par surprise. Lorsque toutes les deux, nous mettons à rire ! Une horde de chevaliers se postent devant ma maison, rue de la Chevalerie !
À cette instant, je prends conscience que si je n’avais pas vécu cette histoire, je l’aurais certainement trouvé bien tirée par les cheveux. Et pourtant … Je l’ai bel et bien vécu.

C’est alors qu’elle me dit « Mais c’est pour toi qu’ils sont venus, il n’y a pas de coïncidence ! D’autant plus que l’une de tes ancêtre qui est là. C’est elle qui est venue pour toi. Elle est incroyable ! Une femme chevalière ! Elle est là pour te transmettre un message. »

D’abord sonnée par la nouvelle, je suis toute excitée à l’idée de « rencontrer » l’une de mes ancêtres ! Mais qu’a-t’elle à me communiquer !?

Lorsque Martine, la médium, me dit :
« Son message est, que tu es la chevalière des temps modernes. »

Je lui demande alors ce que signifie ce message, lorsqu’elle me répond :
« Tu le comprendras plus tard, tu es encore trop jeune pour obtenir la réponse. Lorsque tu seras adulte, je pourrais te le dire. ».

Et comme par une vague de magie, l’ensemble des entités a disparu, au fur et à mesure. En quelques minutes, plus une seule ne trônait sur la pelouse du jardin.

À ce moment précis, je me sentais pourvue d’un éclat de magie, dont je ne connaissais absolument pas la signification.

Peut-être que cette ancêtre souhaitait simplement me dire, qu’un jour, j’oeuvrerais pour un monde meilleur.

                                                                                             * * *

Edit : Animée par une soudaine envie de reprendre contact avec Martine, cette médium avec qui nous étions si fusionnelles à l’époque. J’ai décidé de partir à la recherche de son numéro de téléphone, et de son adresse. En faisant une recherche rapide sur internet, je suis tombée sur une rubrique funéraire, annonçant le décès de Martine, à l’âge de 55 ans, le 27 mai 2016.

C’est pleine de chagrin que j’intègre cette nouvelle. Martine a été un pilier dans ma construction en tant que jeune médium. Elle m’a été d’une aide immense, et n’a jamais reculé à passer des heures au téléphone, en ma compagnie. Merveilleuse personne qu’elle était, elle me voyait comme un cadeau du ciel. Sans jamais comprendre ce qui, en moi, éveillait cette telle considération.

Je ne la remercierais jamais assez pour ce qu’elle a fait pour moi. Pour le soutien qu’elle m’a apporté.
Je n’ai jamais pu oublier le son de sa voix. Car je n’ai jamais vu son beau visage.

Il est des moments dans la vie, qui vous paraissent cruels.

Alors je te rends hommage Martine. Je te remercie du fond de mon coeur, pour tout ce que tu as représenté dans ma vie. Ces bons souvenirs que tu me laisses. Ces après-midis entiers passés au téléphone.

Mes difficultés m’ont fait m’écarter un moment de tous ces ressentis, et donc de toi. Mais loin des regrets, je me dirais que tu as été un ange sur mon passage. Je te souhaite donc une nouvelle vie pleine de bonheur et de joie. Je pense que depuis tout ce temps, tu as déjà dû enchanter les cieux.

Léa,
Nouvelles Vibrations 

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