Chapitre 6 : Une journée dans la peau d’une ado médium

Je suis maintenant une adolescente. Je vais au collège, et je vais bientôt passer mon brevet.
Je suis souvent triste. J’ai la sensation d’être dans une autre dimension.

Mes journées sont pour le moins … Atypiques. Enfin, il me semble.

Car chaque jour se ressemble. J’ai parfois la sensation de revivre la même journée, incessamment. Heureusement, la vie est toujours faite de distractions. Qu’elles soient agréables ou désagréables.

Chaque jour, je me lève de mon lit. Mais la première chose à laquelle je pense est pour le moins, originale. Car dès le réveil, je sens le premier regard de la personne qui reste debout, dans le coin de ma chambre. Je dis « personne » car je sens bien que c’était un humain avant d’abandonner son corps de matière. Certains les appellent « fantômes », « entités »,« désincarnés », … Moi j’ai choisi « personne ».

Après m’être levée, je m’habille. J’allume toutes les lumières, même celle de la cage d’escalier, que j’empreinte pour traverser la maison. Je veille toujours à ne pas laisser ma porte de chambre trop ouverte. Car de l’autre côté, se trouve celle de mon frère. Comme il ne vit plus avec nous, elle est toujours vide. Enfin, il y a bien quelqu’un qui se cache dedans … Une autre personne. Je déteste qu’elle me regarde. Alors je veille à laisser ma porte fermée, ou légèrement entre-ouverte.

J’ai fini de m’habiller, je descends l’escalier. Je baisse le regard mais je sens ces yeux posés sur moi. Ceux venants de ma chambre, venant également de la chambre de mon frère mais aussi de la chambre de mes parents. Car dans la chambre de ces derniers, il y a un homme, qui n’a pas l’air de m’apprécier. La dernière fois, j’ai dormi avec maman, car papa était en déplacement. Je souhaitais simplement dormir avec elle. Mais ce dernier ne m’a malheureusement pas laissé dormir de la nuit …

* Il porte un chapeau, tient une canne, et semble très bien habillé. Il est assis sur la chaise devant l’armoire. Et il me regarde, avec une haine qui me fait frissonner. Je le sens me regarder. Il ne veut pas que je sois là. Il semble agir comme un chien de garde. J’essaie de fermer les yeux, de me laisser emporter par le sommeil, mais rien n’y fait.
Je tourne, je vire, je réfléchis, j’essaie de me calmer. Rien n’y fait. Il est 3h du matin, je retourne dormir dans ma chambre … *

Je descends donc l’escalier et me retrouve dos à « La pièce ». C’est le nom que nous donnons à l’une des pièces de la maison, qui est multipotente. Nous y faisons tout et n’importe quoi, alors nous avons opté pour ce nom « original ». Et dans cette pièce il y a du monde aussi. Alors je prends mon courage à deux mains, et je trottine jusqu’à la porte qui mène au salon. Seulement, pour l’atteindre, il faut passer devant le bureau de mon père. Là aussi, il y a du monde. Alors je continue de trottiner..

C’est arrivée au salon que je peux me calmer, et laisser mon coeur se ralentir. Je m’assois sur le canapé, celui qui me permet une vue globale du lieu. Et je prépare mon sac pour le collège. Je pourrais le faire dans ma chambre. Seulement,  moins j’y suis mieux je me porte. J’ai une telle trouille dans cette maison, que j’envahis le salon de toutes mes affaires. Pour être toujours accompagnée et proche de l’un de mes parents. Pour tout ce que je fais. Cela me sécurise.

* Il y a quelques années, lorsque j’étais encore petite et que j’allais à l’école primaire. Je me suis levée un matin, et me suis assise pour la première fois, sur cette place du canapé. Cette place que je déteste tant. Je ne l’aime pas, car celle-ci donne directement sur le petit couloir, dans lequel se situe l’entrée du bureau de mon père. Ce matin là, j’ose car je me sens courageuse et téméraire. Un peu endormie, je somnole et me donne quelques minutes pour bien me réveiller. Je regarde papa passer à côté de moi, allant se préparer à la salle de bain. Quand je sens que l’on me touche l’épaule. D’un mouvement rapide, je me retourne d’un regard accusateur. Lorsque je vois une main se retirer brusquement. Une main translucide, verdâtre, avec de longs doigts, toute ridée. Je sursaute et cours sur une autre place du canapé.
Il n’y a personne vers le bureau. Et cette main a comme disparu dans le mur !
Brrr, je me promets à cet instant, de ne plus jamais m’asseoir à cette place ».*

Lorsque je suis sur ma place préférée du canapé, je vois l’ensemble du salon. Donc j’y vois l’ensemble des entités du lieu. Comme la personne se cachant devant le bureau de mon père. Je vois également l’entrée de la salle de bain et des toilettes, où il y a toujours cette même personne qui me regarde. Je l’aime bien celui-ci, car il est calme. Il ne m’inspire aucune peur. Simplement de l’inconfort, et c’est pour moi le meilleur que je puisse ressentir vis à vis d’eux. Je vois également la salle à manger, qui est ouverte sur le salon. Elle n’est jamais éclairée le matin, car nous n’y allons pas. Et plusieurs personnes s’y cachent, souvent les mêmes.

Lorsque mon sac est prêt, je vais à la salle de bain. Et il y a quelqu’un qui aime y rester également. Je préfère donc quand il y l’un de mes parents. Seule, je me dépêche. Ce qui est le plus gênant, c’est que les miroirs ont cette tendance à amplifier mes ressentis ou la vision de ces personnes. Tout le monde a, je pense, un miroir dans sa salle de bain. Et croyez-moi, je les fuis. Je me dépêche donc de me coiffer, et de me laver, afin de courir le plus rapidement possible, jusqu’à la cuisine. Mais dans la cuisine aussi … Il y a une personne. Cependant, lorsqu’il y a de la lumière ou du monde, elle se fait discrète ou s’en va, je suis alors plus tranquille. Je déjeune la plupart du temps, avec mes parents. Puisque ce sont eux qui m’emmènent au collège.

Je prends mon sac, la boule au ventre. J’ai toujours détesté l’école, c’est pour moi une énorme source de stress. J’ai toujours du mal à gérer mes émotions, certainement parce que je dois également gérer l’angoisse des présences à la maison. Mais je suis forte, j’y arrive, jour après jour. Il n’y a que lorsque je pense aux années qui arrivent que je perds pied. Alors je pense au présent avant tout, il est déjà bien assez préoccupant.

Mes journées à l’école se passent normalement. J’attends que les heures passent. J’essaie de maitriser mon angoisse. Je décompte le temps, pour me rassurer sur le fait que je rentrerais bientôt chez moi.

La cloche sonne, je peux enfin rentrer chez moi. Il n’y a que 10 minutes de marche, entre mon collège et la maison. Souvent maman vient me chercher, car elle sait combien mes journées sont compliquées à gérer émotionnellement. Alors elle fait ça pour moi, pour me donner un coup de pouce et m’aider à être vite chez nous.

Le début de soirée est le moment le plus agréable dans la maison. Les personnes sont plus calmes. Toujours là, mais elles se font moins ressentir. Malgré tout, je fais toujours mes devoirs dans la cuisine, ou dans le salon. Car ma chambre me fait trop peur.
La corvée intervient lorsque je dois aller y chercher quelque chose. Puisqu’il me faut traverser toute la maison pour y parvenir. Alors je monte à l’étage avec la boule au ventre. J’allume toujours la lumière de l’escalier, même en plein jour. Sans cela, je cède à la panique. Le plus gênant, c’est qu’il y a très souvent une personne qui s’accroche à mon dos, lorsque je monte les escaliers. J’essaie tant bien que mal de ne pas y penser. Parfois même, je monte chaque marche en pas chassés. Ce que vous saviez comme j’ai l’air ridicule, lorsque je fais ça.
Je baisse le regard en attendant d’atteindre ma chambre. Je prends vite ce qu’il me faut. Et je repars en courant. Vous pensez peut-être que j’exagère ? Hmmm hmmm non, je repars en courant. Je me suis toujours demandée ce qu’en pensait ma famille, de cette manie de descendre les escaliers comme si un monstre me poursuivait. Ils ne m’ont jamais fait de remarque, et tant mieux.

J’arrête de courir seulement lorsque je suis devant le bureau de mon père, pour mimer que tout va bien. Lorsque cette folle course est terminée, il me faut quelques secondes avant de reprendre mes esprits. Et permettre à mon coeur de se calmer. Je me suis toujours dit que j’avais beaucoup de chance de ne pas être cardiaque. Auquel cas, j’aurais eu bien des soucis.

La soirée se déroule généralement bien. La nuit tombe, la crainte se lève. Nous mangeons, et lorsque le repas est terminé, je vais regarder la télé. J’aime regarder la télé en étant allongée par terre. J’ai toujours adoré le contact direct avec le sol. Mais je veille à ce que la personne de la salle à manger, ne vienne pas à ma rencontre.

Toutes les personnes présentes dans la maison, et vous aurez compris qu’elle sont nombreuses, se tiennent à l’écart, la plupart du temps. C’est l’une de mes seules chances.

Je vais me doucher, en sentant bien que de l’autre côté du rideau de douche, une personne se tient, stoïque, face à la douche. J’en fais abstraction du mieux que je le peux. Parfois, je passe plusieurs minutes à coller les bords du rideau contre les carreaux du mur, avec de l’eau. De peur qu’une main puisse passer au travers d’une petite ouverture non bouchée.
Puis je sors de la douche. J’ouvre toujours le rideau d’un geste brusque, pour faire face à quelqu’un que je pourrais voir de mes yeux. Le soulagement reste le même, des années après, lorsque je ne vois personne me faisant face, lorsque j’ouvre ce rideau.

Je me lave les dents, en veillant toujours à ne pas trop regarder le miroir. Car je sais que quelqu’un s’en sert pour m’épier, juste là, dans mon dos.

Puis je vais regarder la télé avec mes parents, pour le reste de la soirée. Il arrive souvent que j’allume toutes les lumières de toutes les pièces, pour me sentir en sécurité. Mais parfois ce n’est pas possible car mon père préfère les voir éteintes. Alors je prends sur moi, c’est mieux comme ça de toute façon.

Le film se termine, je dois aller me coucher. Certainement le pire moment de la journée. Depuis quelques temps, j’ai peur d’aller dormir. Il m’est arrivé tant de fois, de me maintenir éveillée jusqu’au petit matin. Envahie par la peur de ma chambre. Car je repousse durant des heures l’instant où je vais traverser la maison seule, pour atterrir dans ma chambre, seule.

* Nous sommes vendredi soir, et je regarde la télé jusque tard le soir. En général je me couche en même temps que mon père. Mais parfois, la peur, la crainte, sont trop fortes pour me permettre d’aller dormir paisiblement. Alors je regarde l’horloge, et je compte combien d’heure il reste avant que le soleil ne se lève. Je dors en effet, beaucoup mieux, lorsqu’il commence à faire jour. Les heures les plus cauchemardesques se situent entre 2h et 4h du matin. Mes ressentis sont alors à leur paroxysme, la peur à son égal. Et je regarde les aiguilles de l’horloge se déplacer avec une telle lenteur. Je suis épuisée, mais je ne parviens pas à mobiliser assez de courage pour aller dans mon lit. Il est maintenant 4h, je dois aller me coucher. Je dois y aller. Je me lève du canapé, j’éteins toutes les lumières. Il fait noir, je me hâte d’aller allumer la lumière de l’escalier. Je monte, fermant toutes les portes sur mon chemin. Arrivée à ma chambre, je me mets en pyjama. Je me cache sous la couette. Et j’attends que l’angoisse s’atténue, que les sueurs froides disparaissent, et je laisse le sommeil m’emporter.*

Lorsque je suis dans ma chambre, j’allume ma grande lumière, ainsi qu’une petite lampe. Puis je me couche, je prépare mon lit, en mettant côte à côte, des dizaines de peluches. Qui formeront, pour moi, une barrière de protection, durant la nuit. Et j’éteins la lumière.
Depuis que j’ai 8 ans environ, je dors cachée sous ma couverture. Ma tête étant complètement recouverte par ma grosse couette. Été comme hiver, j’étouffe sous mes couvertures jusqu’à atteindre le sommeil.

* Lorsque j’étais petite, les angoisses ont commencé à faire naitre des tocs post-endormissement. Tout un procédé devait être respecté avant que je ne puisse me tranquilliser. J’entrais dans ma chambre, et regardais quelle température il faisait, grâce au thermomètre accroché à ma porte. Puis je regardais à quelle heure exacte je me couchais. Je changeais l’angle d’ouverture de ma porte, jusqu’à ce qu’il me paraisse suffisamment ouvert pour que mes parents m’entendent, si je venais à les appeler. Mais suffisamment fermé pour que je ne puisse rien voir de ce qu’il se passait dans la cage d’escalier. Ensuite, je plaçais mes peluches, des dizaines de peluches, à leur place exacte, toujours dans le même ordre, tout autour de mon lit. Lorsque c’était fait, je plaçais mes coussins. Puis, venait le tour des 3 ou 4 écharpes que j’avais choisi pour entourer mon oreiller. Je plaçais ce dernier. Puis ma couverture, dont aucun coin ne devait être sortit de l’encadrure de mon lit. Si par mégarde, j’oubliais la température de la chambre, ou encore, l’heure à laquelle nous étions. Il me fallait alors re-vérifier, sortant de nouveau de mon lit, allumant de nouveau la lumière. Pour que l’information soit de nouveau bien gravée dans ma tête.
Et seulement après tout cela, je me cachais sous ma couette en attendant le sommeil.*

Les nuits où je me sens chanceuse, je fais des rêves « normaux ». Mais toujours avec une drôle d’ambiance. Les nuits où je le suis moins, je me fais « attaquer » par quelqu’un. Et je me réveille terrifiée.

Puis une nouvelle journée recommence…

Léa,
Nouvelles Vibrations 

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